Hôpitaux. Le point sur les menaces
Nicolas Sarkozy annoncera aujourd’hui, à Neufchâteau (Vosges), les grandes orientations de la réforme de l’hôpital. Un discours très attendu par les hôpitaux de proximité, inquiets pour leur avenir. À cette occasion, Le Télégramme publie la carte des établissements risquant des fermetures de services.
« Il n’y aura pas de fermeture de centre hospitalier », a promis Gérard Larcher, qui a remis, la semaine dernière, au président de la République, ses seize propositions pour réformer l’hôpital. Pas de fermeture certes, mais cela ne veut pas dire que tous les services de tous les hôpitaux seront maintenus. Pas sûr que les hôpitaux de proximité qui craignent pour leur maternité ou leur service de chirurgie aient été rassurés par les propos de l’ancien ministre du Travail. À Carhaix (29), où la mobilisation ne faiblit pas pour sauver la maternité et la chirurgie, le plan Sarkozy sera évidemment examiné à la loupe. Un plan qui, hier, semblait plus redouté que porteur d’espoir.
Mais quelles que soient les annonces qui seront faites, le défi qui attend les hôpitaux de proximité relève d’une équation très compliquée. Il leur faut à la fois atteindre l’équilibre budgétaire et répondre à des critères de qualité de sécurité de plus en plus draconiens. En Bretagne, le nombre de services d’obstétrique et de chirurgie en situation difficile ou délicate reste important malgré toutes les restructurations et fermetures qui ont eu lieu ces dernières années (lire la carte ci-dessus). Même si leur existence n’est pas pour la majorité d’entre eux compromise dans l’immédiat, une détérioration, même légère, de leur activité pourrait avoir de lourdes conséquences. Sur 26 maternités, une bonne dizaine a une activité considérée comme faible ou moyenne, « susceptible d’entraîner des difficultés d’organisation et de financement ». Sur les 44 services de chirurgie, vingt ne sont pas du tout ou tout à fait dans les clous par rapport aux objectifs. Nicolas Sarkozy annoncera-t-il de nouveaux moyens pour les hôpitaux dont le déficit cumulé atteindrait les 800 millions d’euros ? La Fédération hospitalière de France, qui dénonce « une asphyxie programmée » des hôpitaux, réclame un plan de résorption de leurs déficits.
Dans ce contexte financier très délicat, quelle pourra être l’efficacité des mesures préconisées par le rapport Larcher ? Là est toute la question. Car si l’idée de regrouper les hôpitaux en « communautés hospitalières de territoire » a été plutôt bien accueillie, reste la question des moyens. En Bretagne, plusieurs petits hôpitaux n’ont pas attendu le rapport Larcher pour revoir leur organisation. C’est le cas, par exemple, à Douarnenez (29) où, pour éviter la fermeture du service chirurgie, le plateau technique va être ouvert à des praticiens libéraux, dans le cadre d’un Groupement de coopération sanitaire. C’est le cas aussi à Paimpol (22) où a été mise en place une organisation de la chirurgie coordonnée avec Saint-Brieuc (lire ci-dessous). Autant de rapprochements obligés pour maintenir des services de proximité.
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Paimpol. Une organisation novatrice
Aujourd’hui, tous les chirurgiens qui interviennent à Paimpol, qu’ils dépendent ou non de cet établissement, travaillent également à Saint-Brieuc. Ce qui leur permet d’avoir un volume d’activité largement suffisant pour répondre aux critères de sécurité et de qualité. « Avec cette organisation territoriale, on a mis en place une filière de soins conforme aux attentes des patients et qui permet de bien prendre en compte l’aspect proximité », souligne le directeur pour qui « la proximité n’est pas un argument quand elle n’offre pas la sécurité et la qualité ». En 2006, le service de chirurgie a enregistré 1.850 séjours. En 2007, les chiffres ont été inférieurs mais l’hôpital compte sur la coopération sur le digestif, mise en place cette année, pour redresser la barre. À Paimpol, qui a déjà perdu sa maternité, rien n’est définitivement acquis. « Il faut toujours travailler à anticiper », insiste Guy Croissant. Ce qui veut dire sortir d’une logique strictement paimpolaise.
Guingamp. Public-privé sur un même plateau
« Nos deux établissements étaient trop petits, avec des coûts de structure trop importants. Si on voulait maintenir un pôle santé de qualité et une offre la plus large possible, il fallait nous unir », explique Arnaud Le Guyader, directeur de l’hôpital de Guingamp. La mise en commun de moyens se concrétise, pour la maternité, en 1999, sur le site de l’hôpital :
Arnaud Le Guyader ne nie pas que les différences de cadre juridique ainsi qu’entre les modes d’organisation et de rémunération, ne facilitent pas les choses. « Tout repose sur la bonne volonté des uns et des autres… C’est vrai que l’hôpital, dans un premier temps, n’était pas demandeur pour regrouper la chirurgie. En même temps, si la clinique mettait la clé sous la porte, on se trouverait en grande difficulté dans le secteur. Si on perdait la chirurgie, la médecine serait pénalisée. L’objectif est de maintenir un pôle de santé ». Un pôle qui a créé 100 emplois et qui devrait se renforcer d’une vingtaine de personnes avec l’ouverture prochaine d’un hôpital de jour de rééducation et d’une unité de soins de suite post-chirurgie et médecine. Les effectifs approchant alors les 1.000 salariés (800 dans le public et 150 dans le privé).
Le télégramme 16/04/08
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La réforme de l’hôpital, inspirée du rapport Larcher et présentée il y a quelques jours par Nicolas Sarkozy, a ravivé les craintes sur l’avenir de l’hôpital Max-Querrien.
La réforme prévoit notamment des regroupements d’établissements, au sein de communautés hospitalières de territoire, ce qui laisse planer une menace sur les établissements de santé de taille modeste.
Sur un plan purement comptable, avec 1 500 actes chirurgicaux réalisés au bloc opératoire en 2007, et la suppression de sa maternité en 2003, l’hôpital Max-Querrien demeure en deçà du seuil fatidique des 2 000 actes annuel.
Pour autant, « aucune fermeture n’est à l’ordre du jour » veut croire Jean-Yves de Chaisemartin, maire et nouveau président du conseil d’administration. La direction de l’hôpital assure que l’activité médicale et chirurgicale paimpolaise échappera au couperet, en raison notamment de la coopération déjà existante (et appelée à se renforcer) entre les hôpitaux de Paimpol et de Saint-Brieuc.
Anticipation
« Nous ne craignons pas la réforme car de fait nous l’avons anticipée à travers ce partenariat », explique Guy Croissant, le directeur de l’hôpital. Nous garantissons la même qualité de soins qu’à Saint-Brieuc, pour la simple et bonne raison que les chirurgiens qui interviennent à Paimpol sont aussi des praticiens de Saint-Brieuc. » Les deux établissements travaillent en réseau, et partagent leurs compétences en chirurgie traumatologique, orthopédique et digestive.
« Il est évident que cela reviendrait plus cher d’envoyer 200 patients à Saint-Brieuc que de faire venir un chirurgien à Paimpol, explique Francis Boussemart, médecin urgentiste et président de la commission médicale d’établissement. « Nous continuerons à travailler en bonne intelligence avec Saint-Brieuc et à garantir une offre de soins optimale. »
Symbole de cette mutualisation renforcée : le développement de la télé médecine à partir de septembre prochain qui permettra à un patient venant faire une dialyse d’être examiné via une caméra par un praticien se trouvant à Saint-Brieuc.
Le rapport de l’Agence régionale d’hospitalisation (ARH) relève, pour l’hôpital de Paimpol une « fragilité des effectifs chirurgicaux, gynécologues et anesthésistes » et une « fragilité de l’activité de chirurgie », avec 1 850 interventions seulement en 2006 (lire Ouest-France d’hier, en page 6).
Est-ce en contradiction avec ce que nous écrivions (Ouest-France de lundi 28 avril, en page Paimpol) dans l’article titré « Le centre hospitalier ne devrait pas fermer » ?
Guy Croissant, le directeur de l’hôpital, n’est pas inquiet. « Il est vrai que financièrement, la tarification à l’activité change la donne. Mais l’année 2007 s’est finie en équilibre, dit-il. Et nous avons voté le budget 2008 également en équilibre. »
Sa réaction, devant le projet d’hôpital privé à l’ouest de Saint-Brieuc ? « Le privé restructure son offre chirurgicale. Mais l’hôpital de Paimpol passe des accords avec une équipe chirurgicale compétente, qui a, à Saint-Brieuc, un niveau d’activité suffisant. L’offre territoriale reste plus pratique et plus fonctionnelle. » Il souligne : « C’est du développement durable : il vaut mieux déplacer un chirurgien le matin, qui vient de Saint-Brieuc à Paimpol, plutôt qu’envoyer dix patients paimpolais en consultation à Saint-Brieuc. »
Même commentaire de la part de Jean-Yves de Chaisemartin, maire, et donc président du conseil d’administration de l’hôpital : « Paimpol n’effectue pas assez d’actes. Mais nous avons réalisé une véritable anticipation, en organisant le service de chirurgie en commun avec Saint-Brieuc. L’ARH a intérêt à conserver les activités de l’hôpital de Paimpol. Non, Paimpol ne deviendra pas un hôpital gériatrique. Les urgences seront conservées, et la chirurgie aussi, en relation avec Saint-Brieuc. »
Annie Berthelot, secrétaire de la section CFDT de l’hôpital, souligne ce qui a déjà été réalisé : « Deux nouvelles activités : l’hémodialyse et l’hospitalisation à domicile. » Et ce qui se met en place : « La convention avec Saint-Brieuc pour la chirurgie digestive, comme cela se fait déjà en chirurgie vasculaire et orthopédique. L’ARH donne des consignes de coopération : nous sommes tout à fait dans cette démarche. Nous espérons qu’en se diversifiant, notre hôpital va continuer de fonctionner. En tout cas, pour 2008, on veut y croire. »
Pierre-Yves Arzul, permanent CFDT, souligne un autre point : « La balle, dit-il, est dans le camp des médecins libéraux. À eux d’envoyer leurs patients à l’hôpital de Paimpol. Il y a une gradation des soins. Les opérations simples se font ici. Quand il faut une prise en charge plus lourde, les patients sont transférés à Saint-Brieuc. Dans la mesure où les intervenants sont les mêmes à Paimpol et à Saint-Brieuc, on ne voit pas pourquoi aller chercher loin ce qu’on trouve ici. »
Recueilli par
Anne KIESEL.
Jean-Yves de Chaisemartin (maire de Paimpol), Brigitte Le Saulnier (adjointe à la santé), Guy Croissant (directeur de l’hôpital) et Francis Boussemart (président de la commission médicale d’établissement) assurent que l’hôpital maintiendra son offre de soins.
Deux photographes, Ghislaine Maggio et Maryse Le Goallec ont photographié leur hôpital. Étant de la maison, elles ont pu entrer dans des espaces interdits au public, comme ici dans le bloc opératoire. Leurs belles photos ont été exposées à l’hôpital en janvier 2007.Ghislaine Maggio et Maryse Le Goallec.
Les chirurgiens procèdent à 8,5 opérations par jour à Paimpol. Un chiffre correct que la direction aimerait augmenter pour assurer durablement l’avenir du bloc chirurgical.
“C’est du développement durable : il vaut mieux déplacer un chirurgien le matin, qui vient de Saint-Brieuc à Paimpol, plutôt qu’envoyer dix patients paimpolais en consultation à Saint-Brieuc. » Nous partagerions ce point de vue si le rapport Larcher n’avait pas été rédigé sur des bases de rentabilité, productivité.