La question de l’eau occupe les médias depuis plusieurs semaines et a fait l’objet d’un « débat » en Conseil Municipal. Débat qui a été relégué en fin de conseil avec l’élection d’un nouveau conseiller communautaire
Il fut un temps – celui d’avant mes huit ans – où il fallait aller chercher l’eau à la pompe ou au puits, mais elle était gratuite et faire payer un verre d’eau considéré comme une offense. C’était une eau de confiance et nous pouvions la boire sans arrières pensées. Depuis la distribution de l’eau s’est industrialisée, la pression démographique, la pollution et l’agriculture intensive en ont fait un produit qu’il faut traiter avant de la distribuer.
L’eau est une ressource essentielle donc stratégique, dont la gestion est du ressort des pouvoirs publics. Le choix de son mode de gestion est donc une décision Politique, au sens noble de « gestion de la cité ».
Revenons au fameux [non-]débat du 6 juillet, il s’agissait de donner un avis avant le vote du conseil communautaire. La gestion de l’eau a fait l’objet d’audits qui N’ONT PAS ETE TRANSMIS aux conseillers municipaux de l’opposition mais que certains ont pu se procurer. Loïc Huchet en a fait une analyse intéressante dont il a exposé les principaux points en conseil. Deux point ont attiré mon attention :
- L’augmentation des pertes du réseau (fuites sur le réseau de 220 000m3 en 2003 à plus de 300 000m3 en 2007) au regard des avenants au contrat signés avec Véolia en 2006) : « qui fait passer le seuil de pénalité du concessionnaire d’un indice linéaire de perte de 1m3 /j/km à 1.7m3/j/km. Derrière ces indices d’apparence très technique il existe un enjeu financier et écologique car en effectuant les multiplications par les nombres de jours et de km on voit qu’il s’agit d’accepter sans pénalité des pertes qui passent de 181 000 m3 à 308 000m3 par an. » Voilà qui limite la responsabilité de l’ancien fermier.
- Le prix de l’eau évoqué dans le rapport : il se fonde sur une consommation moyenne de 120m3 par an, ors la consommation moyenne des paimpolais est d’environ 80m3 par an, compte tenu de la part fixe d’abonnement dans le calcul du prix de revient du m3 fausse les calculs sur lesquels se sont fondés ces élus pour donner leur avis. Ce qui décrédibilise l’écart du prix de l’eau entre affermage et régie tel qu’il est présenté dans l’audit.
La majorité a aussi développés ses arguments largement repris dans la presse : compétence des fermiers, bassin de population trop faible pour une régie… et un argument surprenant quant à la sécurité : « avec un fermier l’eau est contrôlé deux fois, une fois par le fermier et une fois par la DDASS et il faut que les deux contrôles soient concordants ». Il ne manquerait plus qu’ils ne le soient pas !! Et que se passerait-il s’ils ne l’étaient pas ? Que faut-il prévoir dans le contrat sur ce point ? Dans quelle mesure l’affermage dédouane-t-elle la collectivité de sa responsabilité quant à la qualité de l’eau distribuée ? Cet argument qui leur semble si décisif amène d’autres questions.
Toutes les entreprises sérieuses qui fournissent de l’eau font leurs propres autocontrôles qu’elles travaillent en régie ou en affermage, mais les contrôles des DDASS sont primordiaux et effectués par des laboratoires agrées et accrédités par le ministère. Ce contrôle est réglementaire et donc obligatoire. C’est une question de Santé Publique et cela m’étonnerait que l’état joue avec ça.
La façon dont ces messieurs de la majorité ont présenté cet argument avait un goût de propagande jouant sur la peur d’une moindre qualité de l’eau si l’option de la régie avec prestation de service avait été retenue.
Il est vrai qu’avec moins de 20 minutes de « débat », il a été très difficile d’aborder les vrais questions et surtout d’en discuter. Sans compter que j’ai eu le sentiment que nous n’avons pas été écoutés, ni pris au sérieux et que de toute façon la décision était déjà prise. Le débat a eu lieu ailleurs, entre gens au pouvoir. Il est vrai que ces gens de pouvoir savent, ils sont au cœur des décisions stratégiques, ils détiennent des informations auxquelles un pauvre conseiller de base n’a pas accès.
Le bouquet, c’est que certains présentent leur décision en parlant de pragmatisme*, mais pour cela il eut fallut que le débat soit vraiment rationnel, les arguments avancés par la majorité paimpolaise tiennent plus de la croyance que des faits. Ils proposent un affermage d’une durée réduite pour réfléchir à une autre solution, voilà qui est effectivement pragmatique !?!
Monsieur le Maire veut faire de la « politique autrement », je ne vois rien venir.
* Pragmatisme : doctrine qui dit que tout ce qui est vrai est utile et ce qui est utile est vrai, se fonde sur l’expérience pratique et la rationalité – recherche de l’efficacité.
Marie-Line Depail
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