Pour la première fois notre assemblée municipale de Paimpol est amenée à examiner deux rapports annuels concernant la distribution d’eau potable et l’assainissement. Le sujet est particulièrement d’actualité compte tenu des pollutions que subit à nouveau la baie.
Il est très difficile de porter une appréciation complète au vu des seuls documents que nous avons. En effet nous recevons beaucoup de chiffres, qui font référence à différents contrats ou budgets dont nous n’avons pas les grands éléments.
Pour la plupart des conseillers de base dont je fais partie ces dossiers sont pratiquement inaccessibles. Le citoyen de base, lui, subi la facture et dispose d’encore moins d’éléments d’appréciation.
Le discours à la mode veut que l’on fasse de la politique « autrement ». Nous avons là une bonne occasion de nous y mettre en apportant une information claire sur la gestion, sur les enjeux et sur les choix.
J’ai pour ma part passé un certain temps à interroger les uns et les autres pour essayer de comprendre et je vous livre mes modestes réflexions
L’eau potable
Dans ce qui est dit aujourd’hui ou en d’autres lieux il faut d’abord retenir des points positifs.
- la consommation des ménages depuis 5 ans est stable ou en légère baisse
- la qualité de l’eau a connu une amélioration très sensible grâce à un travail dans la durée. Nous pouvons disposer aujourd’hui sur notre table d’un litre d’eau du robinet de qualité pour 4 ou 5 centimes le litre. C’est un luxe fondamental même si des efforts restent à faire sur les pesticides (agricoles ou privés)
- notre facture d’eau contribue aux améliorations avec les constructions de réservoirs et des extensions du réseau
Il reste par contre des « marges de progrès « importantes.
- La performance du réseau s’est beaucoup dégradée en 5 ans passant de 82% en 2002 à 75% l’an dernier. Concrètement cela veut dire que pour 1.3 millions de m3 d’eau produits seulement 1million m3 sont consommés, que 300 000 m3 sont perdus ou non facturés et qu’il faut en importer. Les économies individuelles pèsent peu en regard de ces pertes collectives. Des pertes ou des consommations non comptabilisées sont inévitables mais il faut examiner de plus près la dégradation de cette performance alors que beaucoup de gestionnaires réussissent à l’améliorer
- On peut noter également que la société concessionnaire n’a réduit aucun branchement au plomb au cours de 2007. Il s’agit d’un travail complexe mais cette absence d’intervention n’est pas bon signe
- Le coût du m3 facturé est très élevé. Il est annoncé à 2.34€/m3 pour une consommation moyenne de 120m3. Ce mode de calcul national masque la réalité puisque la consommation moyenne réelle par abonné est de 78 m3 qui entraîne une facturation de 3.10€ par m3 . En y ajoutant la redevance d’assainissement nous dépassons les 5€/m3 et le ratio s’accentue pour les ménages d’une personne
Le service de l’eau coûte cher. Il faut pratiquer la vérité des prix et se garder d’analyses trop hâtives du seul document qui nous est remis. Il devrait être mis en perspective dans l’action globale du syndicat des eaux. Il ressort toutefois des points qui précèdent de réelles interrogations sur la gestion du réseau et sur son coût.
Le contrat de concession vient à échéance en mai 2010. Compte tenu des délais de procédure des décisions sont à prendre dès mars ou avril prochain. Les enjeux financiers sont très importants puisque le montant du contrat d’aujourd’hui est de 2.2 millions d’euros par an et sa durée est de 12 ans
Trois solutions sont possibles : une concession comme actuellement, avec le même fermier ou un concurrent, la gestion administrative directe par le syndicat ou la collectivité ou enfin la gestion directe complète. Il est indispensable que le choix soit fait sans a priori idéologique sur la base d’une étude comparative également approfondie de chacune des solutions et mettant en évidence tous les impacts et tous les moyens pour la collectivité de contrôler le processus. Il reste très peu de temps….
Nous demandons
- que la position des élus de la commune de Paimpol au syndicat des eaux fasse l’objet d’un débat conseil municipal, préalable aux décisions qui seront prises concernant le renouvellement du contrat d’affermage
- que le rapport annuel sur le coût de l’eau soit un rapport global qui permette de mesurer les enjeux réels
-que la performance du réseau fasse l’objet d’une évaluation précise

L’assainissement
Il faut d’abord souligner l’intérêt de l’audit qui a été réalisé et qui permet de mettre de mesurer le degré de respect du contrat par le délégataire.
En termes de gestion financière des améliorations sont effectivement à apporter à la comptabilité analytique mais pour ma part j’ai surtout noté
- une très faible performance du réseau avec l’arrivée de 40% d’eaux parasites qui entraîne des dépenses d’électricité
- les retards du délégataire dans le contrôle indispensable de ce réseau
- l’importance de la sous-traitance qui place le délégataire plus en donneur d’ordre qu’en acteur direct
- l’importance des apports de boues issues du SPANC qui ont conduit à la saturation de la station, cause très probable des pollutions de la baie que l’on connaît.
Nous avons à Paimpol un problème d’infrastructures. Les tuyaux sont sous terre et se voient moins que les routes mais les conséquences de leurs dysfonctionnements peuvent être plus graves.
La gestion du cycle de l’eau sur notre territoire est aujourd’hui totalement éclatée. Le syndicat du Goelo avec Veolia gère l’adduction d’eau potable, la communauté de commune gère l’assainissement non collectif dont les boues sont traitées par les communes qui ont des stations d’épuration gérées par Veolia.
Nous sommes un certain nombre à penser que cette situation n’est pas saine et que toutes ces questions doivent être gérées au niveau de la communauté de commune par un service public de l’eau et de l’assainissement, solide et efficace, qui maîtrise l’ensemble du cycle de l’eau que la gestion s’effectue en directe ou par contrats. Cette question mérite au moins d’être sérieusement étudiée et débattue.
Intervention de Loic Huchet du Guermeur lors du CM du 01 décembre 2008.

au fil des idées